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Rêves d'Altiplano

Rêves d'Altiplano

Les voyageurs ont tous leur continent de prédilection. Afrique, Asie, Amérique, affaire de goût, affaire de culture, peut-être, mais j'ai pour ma part le sentiment que l'on s'attache aux lieux où l'on a été initié. C'est un peu comme avec notre enfance, finalement : le goût des émotions premières reste à jamais le plus fort, et l'on continue à vivre dans l'espoir illusoire de retrouver un jour la capacité d'émerveillement que l'on avait alors. Pour ma part, je continue à rêver du jour où je reverrai l'Altiplano.

L'intensité éprouvée lors du premier voyage, où tout semblait alors beau, neuf, intact, sincère et tellement inouï, cette intensité innocente ne reviendra jamais, il faut l'accepter. On a beau parcourir le monde, beau multiplier les lieux et les rencontres, on n'arrive pas à se défaire de ce sentiment que « là-bas », c'était mieux, que « là-bas », c'était une vraie expérience. Et ainsi, l'âme semble se polariser, entre son « là-bas » et son « chez soi », et l'on erre à jamais, toujours un peu pris au piège d'une toile d'araignée que l'on aurait tendue entre ces deux points de fixation mentale. D'une certaine manière, le même phénomène intervient chez les expatriés multi-récidivistes : il est rare qu'ils ne gardent par de leur première expatriation le sentiment que « là-bas », c'était mieux. La force en est telle qu'ils en deviennent parfois des avocats acharnés de pays insignifiants, voire objectivement et unanimement reconnus comme épouvantables. C'est aussi sans doute là également un avatar de la subjectivité humaine, qui pousse tout un chacun à croire sincèrement que ce qu'il a vu et fait, soit 0,0002% de l'Humanité, est un élément incontournable et absolument indispensable à l'édification personnelle de tout un chacun.

Mon 0,0002% à moi, mon « là-bas », mon paradigme perdu du voyage, c'est l'Amérique du Sud. Cette fatalité fait de moi un ardent défenseur de ce « sous continent », et m'oblige à déclarer, selon une vue de l'esprit tout à fait partiale et subjective, que nul autre lieu n'arrive à la cheville de celui-ci. Point. Je sais, c'est faux sans doute, mais c'est ma vérité, et où que j'aille désormais, quoi que je fasse, qui que je rencontre, je garde une envie dévorante de sauter dans un avion, et de foncer aux pieds des Andes, et retrouver ainsi la terre de mes passions premières. Je crève aussi de revoir ces sourires, cette chaleur, cette faune, ces forêts, ces plages, ces journées interminables, cette musique omniprésente, cette facilité de vie, ces espaces infinis et puis d'entendre l'Espagnol ou le Portugais. J'en crève chaque jour de ne plus y être, alors que je sais parfaitement que la vie là-bas est loin d'être un paradis. C'est ainsi, c'est mon « là-bas ».

L'Amérique du Sud est une mosaïque infinie, qui joue sur la gamme de toutes les végétations, de tous les sommets, de tous les éléments, de tous les animaux, et de toutes les races humaines. C'est une Tour de Babel de la création, où ce qu'il y a de plus beau côtoie le pire. C'est un lieu criard, polyphonique, extrême, fou, parfois dévasté, mais aussi tellement suave, doux, facile et souriant. Les images que l'on peut en avoir passent de l'Amazone aux villes dangereuses, passant des plages paradisiaques aux trafiquants de drogue sans scrupules. Ce sont des images de crises économiques permanentes, de dictatures ignobles, de rêves politiques fous et aussitôt effondrés. C'est une litanie de dévaluations, de meurtres, mais c'est aussi le Tango, la Salsa et la Bossa Nova. C'est un mélange de sourires, de douceur de vivre et d'hyper violence. C'est un continent convulsif, collectivement effrayant, et individuellement envoûtant. Des plages de Fortaleza aux rochers de la Terre de Feu, l'Amérique du Sud offre un condensé du monde et de l'humanité. Colombie, Venezuela, Brésil, Pérou, Chili, Argentine, Bolivie, le continent pleure, danse, meure de faim, rêve, rit, a chaud, a froid. Du caïman vivant caché aux fonds des plaines inondées du Pantanal aux condors des Andes, de l'indien Warao à l'Inca, de la bahianaise à l'allemand du sud chilien, l'Amérique du Sud vous emmène dans une danse soûle de Nature et d'Homme.

De cette mosaïque indescriptible et à jamais renouvelée, un lieu émerge et s'impose par sa beauté pure et son calme presque pré-humain. Un peu comme un point d'absolue quiétude et de stabilité autour duquel le reste du continent poursuivrait sans cesse sa ronde folle. Ce point, pur et préservé, c'est l'Altiplano. L'Altiplano est un désert d'homme, un désert de haute montagne, et est en cela une quasi aberration dans ce continent des excès. Il est presque « en creux », en négatif, il est presque anormal, mais il surpasse à mes yeux presque tout tant la beauté des paysages qu'il offre est unique. L'Altiplano n'est qu'un des joyaux de l'immense couronne de l'Amérique du Sud, mais il est celui où il m'a été donné d'avoir ma plus forte expérience esthétique. L'Altiplano est à l'échelle des Dieux : infini et parfait. Cet écrin de pureté se trouve pour l'essentiel en Bolivie. Il apparaît alors que la Cordillère des Andes s'élargit, et se sépare en deux « sous-cordillères », l'une Orientale, et l'autre Occidentale. Le point d'élargissement correspond peu ou prou au Lac Titicaca, et l'Altiplano se termine aux confins de la Bolivie, du Chili et de l'Argentine. L'Altiplano fait donc la jonction entre ces deux cordillères, à une altitude moyenne de 3.800 mètres. C'est donc un peu un lieu caché, par delà des montagnes en apparence infranchissables, perdu dans le ciel et le froid. Il faut y arriver, y aller, il faut monter, monter et encore monter. Et une fois arrivé sur cette immense étendue accrochée dans les nuages, vous êtes invité à un concert de perfections naturelles. Bref, soyons simples et francs : depuis que j'ai vu l'Altiplano, je considère qu'il s'agit du plus beau paysage au monde, tout simplement. Et chaque jour, je rêve d'y retourner.

Au-delà du lyrisme et de l'émotion, j'aimerais aujourd'hui vous donner la possibilité concrète d'aller vérifier par vous-même mes affirmations catégoriques et définitives. Vous ne serez certainement pas d'accord avec moi, mais je vous aurais au moins prévenu. L'Altiplano en soi peut-être vu en une semaine de voyage menée à fond de train, à supposer néanmoins que vous puissiez vous adapter à la haute altitude en quelques heures (ce qui est plutôt rare). Si vous disposez davantage de temps, disons 3 semaines, et s'il vous tente d'aller vous promener un peu plus en Amérique du Sud, je vous recommande ce mois-ci un petit parcours, assez classique, en forme de boucle, partant de et arrivant à La Paz, vous permettant non seulement de traverser l'Altiplano du Sud au Nord, mais également de voir quelques autres éléments de la mosaïque sud-américaine. C'est donc un parcours de montagne, centré sur les Andes, et vous permettant d'en avoir un aperçu tant naturel que culturel. Cela ne constitue donc qu'une mini incursion dans la diversité du continent, mais elle peut constituer selon moi un parcours intéressant, allant de surcroît crescendo dans l'intensité des émotions, puisque je propose de garder le meilleur pour la fin. Ce parcours débute donc en Bolivie, passe par le Pérou puis le Chili, avant de revenir -donc- en Bolivie. A titre personnel, je n'ai pas suivi strictement cette route, mais j'en connais chacune des étapes, et j'ai donc imaginé un trajet les reliant facilement, afin de vous permettre de découvrir certains lieux selon moi magnifiques. Naturellement, il ne s'agit que d'une route de base, et elle autorise énormément de variantes, si jamais vous disposez davantage de temps, ou si votre curiosité pour la Bolivie, le Pérou, le Chili voire l'Argentine dépasse cette modeste trame.

Supposons donc La Paz comme point de départ. Dans la simplicité sèche de cette hypothèse se cache déjà peut-être d'infinies galères, car rallier La Paz peut s'avérer compliquer. Les vols directs sont rares, et l'arrivée à 4.000 mètres d'altitude peut déjà vous mettre sur le flanc, d'entrée, en guise de bienvenue. Ici c'est pas les Alpes. On est dans la catégorie au-dessus, et pas question de se promener en sifflotant la tête dans les nuages, comme si de rien n'était. Soyons franc, l'arrivée à La Paz se vit souvent comme une nausée géante, interminable et poisseuse. Une ivresse détestable, rampante, qui associée au bordel ambiant peut prendre des allures de très mauvais rêve. Compte tenu de ce petit désagrément, deux grandes écoles touristiques s'affrontent. La première conseille d'attendre à La Paz, de prendre son mal en patience, et d'essayer malgré tout de s'acclimater, en découvrant les charmes cachés de la ville, réels. La seconde recommande de fuir, le plus vite possible, notamment à destination du Lac Titicaca (qui n'est qu'à 3.820 mètres d'altitude !), pour avoir un cadre d'acclimatation plus agréable. La nausée sera la même, mais la contemplation de ce bout de ciel tombé au milieu des montagnes vous aidera peut-être à supporter davantage la dépressurisation générale de vos méninges engourdies. Si vous optez pour la première solution, et si de surcroît vous avez quelques velléités sportives, vous pouvez organiser très facilement depuis La Paz pas mal de treks, notamment dans la Cordillère Royale. Il est également possible d'y gravir des 6.000 relativement abordables (mais quand même épouvantablement fatigants), dont notamment le Huayna Potosi (6.088m) qui se vante d'être le 6.000 le plus facile du monde. Je n'ose alors même pas imaginer les autres. Dans un style moins violent mais tout aussi vertigineux, vous pouvez également vous essayer à la descente de la Route de la Mort en VTT : un toboggan de 90km, à flan de falaises terrifiantes, vous faisant passer en quelques heures de 4.200 mètres d'altitude à à peine 1.300 mètres, dans la moiteur de la jungle naissante. Terrible, surtout la remontée en bus pourri sur une route qui ne demande qu'à s'effondrer, n'autorisant aucun croisement, alors que le trafic est trépidant.

Quelque soit la durée de votre séjour migraineux à La Paz, l'idée consiste à aller voir de toute façon le Lac Titicaca, tout proche. Ca serait dommage de s'en priver. Le lac possède deux points de fixation et de séjour principaux pour les touristes : soit Copacabana (qui a donné par la suite son nom à la fameuse plage carioca), en Bolivie, soit Puno, de l'autre côté de la frontière, au Pérou. C'est à vous de choisir, sachant que le trajet passe de toutes les manières par ces deux villes. De chacune des deux villes, il est possible de visiter des îles, « où habitent des gens », supposés témoigner d'un mode de vie authentique. Peut-être, mais en attendant le lac est globalement pas mal galvaudé par l'hyper tourisme, et je dirais que les deux destinations se valent dans la légère déception qu'elles inspirent. Puno est plus grande, peut-être davantage fréquentée, en raison de l'intensité du tourisme au Pérou, incomparablement plus développé qu'en Bolivie. A vous de voir. J'indique simplement que le passage de frontière se fait très simplement, et que les moyens de transport abondent. Bref, c'est histoire de voir ce lac mythique, le plus haut du monde paraît il. En tous cas, avec ce lac, la Bolivie partage la même destinée tragique de deux autres pays : la Suisse et la Hongrie. Privés d'accès à la mer, mais dédommagés par les Cieux par la dotation d'un lac gigantesque. Et comme bras d'honneur à l'histoire, la Suisse a remporté la Coupe de l'America, et la Hongrie a fait ses débuts de nation indépendante au XXème siècle sous la houlette d'un... Amiral. Ca ne s'invente pas. S'agissant de la Bolivie, l'absence d'accès à la mer pose des problèmes inextricables pour l'exportation de son fameux gaz... ce gaz, à l'origine des troubles récents qui ont ébranlés la Nation.

Depuis Puno où vous passerez de toute façon, l'idée consiste à faire une parenthèse davantage culturelle en faisant un saut vers le Machu Picchu, pas trop loin, du moins à l'échelle du continent. Pour cela, il suffit de se rendre à Cuzco de d'organiser depuis cette ville un aller-retour vers ce site légendaire. Cuzco est une ville à l'architecture coloniale magnifique, mais est devenue une Mecque touristique, en raison de surcroît de la proximité du Machu Picchu. Vous y rendre est à peu près aussi difficile que trouver une représentation de la Vierge à Lourdes. Les agences pullulent, et absolument toutes vous proposent de faire le fameux trek du Camino Inca, ballade de quelques jours finalement plutôt facile si l'on fait abstraction des marches d'escalier dessinées par les Incas. A croire qu'ils mesuraient tous 2,10 mètres. Vous pouvez également vous rendre au Machu Picchu par vous-même, en prenant tout simplement le train qui rallie la ville d'Aguas Calientes. Ne vous attendez néanmoins pas à vous retrouver dans une publicité pour Nescafé. Tout est ici également soigneusement organisé pour plumer scientifiquement le touriste, auquel des compartiments propres et onéreux sont strictement réservés. Depuis Aguas Calientes, charmante petite bourgade totalement immonde, tout vous portera vers le fameux site. La visite du Machu Picchu se fait donc malheureusement dans une débauche touristique, qui n'est que la rançon légitime de la beauté des lieux. Il faut faire avec, car le site vaut réellement le voyage. A vous alors d'essayer de vous faufiler entre les groupes Fram et autres Nouvelles Frontières, sans parler de leurs équivalents du monde entier. Il reste en effet possible de se retrouver vite seul, pour peu que vous bifurquiez un peu du flot principal et que vous vous décaliez un peu en horaire. Il y a même d'autres balades à faire depuis Aguas Calientes, dont notamment l'ascension du Putu Cusi, qui vous offrira depuis son sommet une vue moins connue sur le site du Machu Picchu. De retour à Cuzco, il est naturellement possible de faire un tas d'autres visites. Il est même possible d'organiser des excursions dans la forêt tropicale, dans le Parc National de Manu.

Après Cuzco, cap sur Arequipa, dans le sud du Pérou. Si vous optez comme moi pour le bus, vous risquez de faire un peu la grimace à l'arrivée, sauf si vous optez pour un bus couchettes de luxe, dont le confort n'a rien à envier aux business class de certaines compagnies aériennes. Arequipa est une très belle ville, à l'ambiance particulière. Ses habitants ont toujours eu des tendances un peu séparatistes, et la ville a régulièrement été l'objet de reprises en main musclées par le pouvoir central de Lima. La ville regorge de sites intéressants, dont notamment le Monastère de Santa Catalina, petite ville prison où l'on rêve de se faire enfermer. Arequipa est également le point de départ habituel pour visiter le Canyon de Colca, dont la culture andine reste très vivace. Au passage, c'est un lieu réputé pour observer voler les condors, qui attendent l'apparition des courants thermiques pour remonter le long des falaises, se demandant bien ce que leur veulent tous ces touristes entassés, accrochés par l'œil à leur téléobjectif rutilant. Vous l'aurez senti. Le Pérou n'est quand même pas loin d'être pourri par le tourisme, et c'est ce qui le rend selon moi nettement moins intéressant à visiter que la Bolivie, encore préservée, et dont la beauté est souvent supérieure. Encore une fois, il ne s'agit que de mon avis personnel, que je ne partage qu'avec moi-même... et avec pas mal d'amis aussi, quand même. Nous y reviendrons.

Quittons alors ce pays, et passons au Chili, dans la ville d'Arica. Cette ville, justement conquise sur le Pérou durant la guerre du Pacifique en 1880, n'a en soi rien d'exceptionnel, en dehors peut-être de son ancien rôle historique. Elle a en effet longtemps été le port par lequel l'argent extirpé des mines de Potosi -en Bolivie- partait pour alimenter les caisses opulentes de la Couronne Espagnole. Etant un port, Arica se trouve par définition à 0 mètre d'altitude, mais constitue paradoxalement une bonne base pour avoir un premier aperçu de l'Altiplano. Pour cela, il suffit tout simplement de remonter justement l'ancienne route qui permet de rallier Potosi. La route file donc plein Est, et grimpe frontalement la cordillère occidentale des Andes, vous amenant rapidement à la ville de Putre, déjà à 3.500 mètres d'altitude. Depuis Putre, il est facile d'aller visiter les parcs nationaux de Lauca et/ou Las Vicunas, où déjà vous aurez une première idée de ce pourquoi vous êtes venus. Les paysages offerts sont somptueux, et vous saurez apprécier les majestueux volcans enneigés de Pomerape (6.240 m) et Parinacota (6.342 m), se reflétant dans le lac Chungara, au bord duquel broutent quelques vigognes indolentes. Au fond du paysage, par delà la frontière avec la Bolivie, vous admirerez le volcan Sajama (6.542 m), plus haut sommet de son pays. Ce type d'excursion peut s'organiser très simplement depuis la ville d'Arica.

Arica se trouve aux portes du fameux désert de l'Atacama, dont le nom single dans sa rythmique équilibrée, évoquant l'aridité absolue. L'Atacama illustre à lui seul la démesure du pays qui l'abrite : le Chili, seul pays au monde où le présentateur météo du 20h00 est obligé de plier la carte de son pays pour le faire ressembler à une banane, et pouvoir expliquer avec sérieux pourquoi et comment il peut faire 40° à Arica, et neiger à Puerto Natales, deux villes pourtant du pays. Après Arica, la suite du voyage consiste à se rendre à San Pedro de Atacama. Sur la route, il est recommandé de faire une halte à Cumana, afin d'aller visiter la mine de cuivre à ciel ouvert de Chuquicamata. Vous y aurez droit à un tour guidé très rassurant et très propre, mais qui n'arrivera pas à vous enlever de la tête tous les drames vécus par les fameux mineurs de l'Atacama, écrasés conjointement par le soleil, le patronat et la dictature militaire. San Pedro de Atacama constitue néanmoins le début de l'enchantement « altiplanien ». C'est un petit village ne ressemblant strictement à rien, comptant deux rues. Une pour les touristes, nombreux, où les restaurants sont aussi tapageurs que chers, et une autre pour les locaux, où les restaurants sont aussi discrets que bon marché. Depuis San Pedro, les possibilités d'excursions abondent, vous menant au travers de paysages déjà tous plus magnifiques les uns que les autres : salar d'Atacama, geysers d'El Tatio, Vallée de la Lune, lagunas altiplanicas... autant de chefs d'œuvre de la nature qui vont vous mettre en appétit de Beauté, et vous n'aurez alors encore rien vu.

Après avoir épuisé la liste des balades possibles autour de San Pedro, il faudra alors vous préparer pour LE grand jeu : la remontée de l'Altiplano jusqu'à La Paz. Pour cela, il suffit de trouver une agence à San Pedro proposant la remontée en 4x4 jusqu'à la ville d'Uyuni, en Bolivie. Le tour classique prend 3 jours, mais il est possible de le personnaliser, et de le faire plus lentement afin de savourer à l'envi la beauté inouïe des lieux. Depuis San Pedro, vous partirez en direction de la frontière bolivienne, que vous passerez non loin du Volcan Licancabur (5.960 m), dans la cordillère de Los Lipez. Depuis là, tout ne sera qu'alors, très systématiquement et continûment, un défilé de paysages à couper le souffle. Comme déjà dit, je n'ai encore jamais revu à ce jour autant de beauté, autant de pureté. A en perdre la tête, à courir comme un extravagant au milieu de cet excès de beau, sans parvenir à croire que tout cela puisse être vrai, être naturel, et ne pas avoir été orchestré par un démiurge rassemblant en lui tous les dons artistiques du monde et de l'univers. A en devenir hystérique, fébrile, à en trembloter sur l'appareil photo. Un trop plein de beauté, dépassant nos capacités d'assimilation, affolant tous les compteurs de nos sens. Bref, écrasé, dépassé, devant tout cette immense et généreuse beauté. Le sentiment vient certes des paysages eux-mêmes, mais je crois que c'est la lumière qui règne là-bas qui donne ce sentiment. C'est une lumière unique, absolument parfaite, faisant ressortir les couleurs, nombreuses et contrastées, comme nulle part ailleurs. Une symphonie pure.

Le trajet en 4x4 se fait à travers des pistes improbables, à l'est de la cordillère occidentale, en longeant la frontière entre Bolivie et Chili. Le plus fou est, que pensant être arrivé au bout du chemin et avoir épuisé tout le registre des émotions esthétiques, un spectacle encore plus démesuré vous attend : celui du Salar D'Uyuni. Vous crierez grâce. Le Salar d'Uyuni, c'est rien, ou presque. Un plateau de sel, infini, d'un blanc intégral répétant indéfiniment des polygones identiques. 12.600 km² de sel, de blanc, de rien. Fou, invraisemblable, génial et inepte. Incroyable. Il paraît qu'après la pluie, le salar se transforme en un miroir géant, et reflète avec exactitude le ciel et ses nuages. Ces jours-là, alors que la couche d'eau ne fait que quelques petits centimètres, il paraît qu'on a l'impression de rouler sur l'eau et dans le ciel, tout à la fois. A en perdre le sens de la gravité et de l'équilibre. Et dans sa débilité, le Salar ne s'est pas arrêté là. Au milieu de ce grand Rien, une île apparaît : l'île des Pêcheurs. Sa particularité : recouverte de cactus géants, tout simplement. Pourquoi, comment, on jette l'éponge. Plus possible de comprendre ce qui se passe ici. Il y a des limites.

Après toutes ces émotions, la traversée débouche sur Uyuni, et son cimetière de trains. Dieu sait pourquoi. Depuis Uyuni, il est naturellement possible de continuer pour longtemps le voyage en Bolivie, pays méconnu, et qui mériterait tellement mieux que l'indifférence dont il est généralement l'objet. Dans le cas présent, le parcours prévoit de remonter directement à La Paz, histoire d'arriver cette fois-ci par le haut dans cette ville. C'est le moment de prendre votre revanche, et de donner des conseils aux quelques touristes venant d'arriver, tout englués dans leur mal des montagnes. Ah ces habitants des basses plaines...

Nicolas Monnot - Décembre 2005

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