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L'Antarctique : la dernière frontière

La dernière frontière

« Si après cinq ans d'expatriation en Corée vous avez le sentiment d'avoir épuisé votre potentiel de voyages en Asie, si vous connaissez sur le bout des doigts l'Europe, l'Afrique, l'Amérique, l'Océanie, si vous en avez marre de faire des voyages somme toute prévisibles, si l'aventure vous manque un peu, si vous aimez le bateau, êtes attirés par les climats extrêmes, et si finalement vous ne savez pas où aller début 2006, pourquoi pas un petit saut en Antarctique ? C'est la saison.»

Imaginez un lieu où l'homme n'aurait pas encore sévit. Un lieu intact, pur, loin de la pollution, loin des ravages de la pression démographique. Un lieu où l'homme ne massacrerait pas l'environnement, soit par excès d'industrie, soit par excès de pauvreté. Un lieu où les animaux ne fuiraient pas, où ils pourraient jouir de l'espace selon leurs besoins, voire leurs envies. Imaginez un lieu sans frontière, un lieu sans notion de propriété, un lieu finalement en dehors du temps et de l'histoire. En quelque sorte, imaginez un lieu en forme de Paradis Originel, parfait, intact, au sommet de son équilibre et de sa cohérence. Imaginez ce lieu, puis tentez de le trouver sur un globe. Si si, essayez. Je sais, vous allez dire que la tâche est vaine. Un tel lieu ne saurait exister en dehors de la littérature et de la religion. Pourtant, essayez encore. Faites l'impasse sur les mégalopoles de 20 millions d'habitants, où on en a oublié jusqu'au goût de l'eau. Négligez les forêts ravagées, les espèces en voie de disparition. Oubliez le singe Bonobo qui se meurt. Oubliez la pêche intensive. Les gens qui crèvent de faim. Les guerres qui déplacent les populations, sous le joug de la terreur absolue. Oubliez John, l'américain qui bousille à lui seul chaque jour autant d'énergie fossile qu'une petite ville du Bangladesh. Oubliez les cyclones, les catastrophes naturelles, les glaciers qui reculent, les pluies acides, les essais nucléaires. Bref, oubliez toute la furie prédatrice de l'Homme, et cherchez bien sur la carte. Ne vous arrêtez pas à ces petits aléas du développement, ces petits dégâts collatéraux insignifiants d'un Homme qui met le feu à son propre habitat. 

Non, il ne s'agit pas de trouver un petit parc national, oublié dans une région reculée de je ne sais quel pays. C'est plus simple : ce lieu a la taille d'un continent. C'est l'Antarctique, 13 millions de km². Collé sous la planète, au sud, il est comme une espèce de coupelle qui contient un monde en fusion. Si l'Antarctique reste inhabité, c'est d'abord parce qu'il est inhabitable. Imaginez : recouvert à 95% d'une épaisse couche de glace, à une altitude moyenne de 2.050 mètres, parcouru par des vents hyper violents (les vents catabatiques peuvent dépasser les 300 km/h) qui en font le continent le plus froid du globe (record enregistré en 1983 à -89.2°C), L'Antarctique n'a a priori pas grand-chose d'attrayant. Et c'est pour cela qu'il ne sera « conquis » qu'en 1911 -il y a seulement 94 ans- par le fameux norvégien Roald Amundsen. Mais l'inhospitalité naturelle du lieu ne suffirait plus aujourd'hui à le préserver de l'Homme. Si l'Antarctique est resté un continent vierge, qui n'appartient encore à personne, c'est grâce au traité de Washington, signé le 1er décembre 1959, appliqué en 1961, reconduit et élargi en 1991, et dont les termes devront être renégociés en 2041, après 50 ans de trêve, pour contenir l'Homme en deçà de cette dernière frontière. Le traité vise trois objectifs principaux : assurer la paix, favoriser la recherche scientifique et protéger l'environnement. Ainsi, le découpage du continent en parts de tarte aux pommes n'a pas de valeur réelle. Il ne s'agit que de « revendications » territoriales officielles, dont les modalités seront réexaminées en 2041. D'ici là, les différentes nations intéressées par le continent se pré-positionnent, notamment par le biais de leurs bases scientifiques. La recherche scientifique est en effet aujourd'hui le seul motif de présence autorisé. L'Antarctique est un terrain d'expérimentation et de recherche absolument unique, et il autorise des travaux scientifiques totalement nouveaux. Néanmoins, la logique de pré-positionnement conduit certains pays à installer parfois des bases un peu bidon, au prétexte scientifique plutôt douteux. Toute présence militaire est ainsi théoriquement proscrite... Je dis bien théoriquement, car je puis vous garantir que j'ai personnellement rencontré en Antarctique des militaires -chiliens- tout ce qu'il y a de plus réels. La notion de « revendication » produit par ailleurs des conflits latents. Ainsi, l'Argentine et le Chili, bien connus pour leurs incessantes querelles frontalières, ont trouvé le moyen d'exporter leurs différends sur le continent blanc, et revendiquent aujourd'hui exactement la même zone. Ca promet.

Aujourd'hui, l'Antarctique fait face à un nouveau défi : celui du tourisme. Et oui, nul lieu n'y échappe, et la croissance très forte du tourisme polaire pousse aujourd'hui les pays signataires du Traité à considérer sérieusement la question, jusqu'à lors vierge de toute réglementation. Un sommet s'est tenu l'année dernière à Cape Town, afin de tenter de faire une ébauche de réglementation, mais à ma connaissance, rien de concret n'a été décidé, et a fortiori mis en œuvre. Comme le continent n'appartient à personne, c'est le vide juridique total s'agissant du tourisme. Le fameux traité de Washington n'avait en effet pas prévu le coup, et on le comprend bien. Le problème est que quand un pays comme la Nouvelle-Zélande pose la question de savoir si elle peut construire des infrastructures hôtelières sur la calotte glaciaire, c'est un peu la panique générale, car à strictement parler, rien ne l'en empêche aujourd'hui. Et avec le succès de films comme « La marche de l'Empereur », on ne peut que craindre que les vocations d'aventuriers du grand froid aillent en forte augmentation. Pour se convaincre de la forte croissance du tourisme polaire, il suffit de surfer quelques minutes sur l'Internet pour trouver de nombreuses offres de voyages. Pour ma part, je me suis retrouvé en Antarctique par hasard. A chaque fois que je dis cela, les gens m'accusent en général de faire l'hypocrite un tantinet snob, mais c'est pourtant strictement vrai. Et ce qu'il y a de plus drôle encore, c'est que je m'y suis retrouvé à cause d'un tahitien rencontré dans les canaux patagoniens du Chili. Je m'explique...

Olivier Granger est d'origine grenobloise. Un jour, lassé de végéter dans sa cité iséroise, il prend un billet d'avion aller simple pour Papeete, avec la ferme intention d'y faire quelque chose de mieux, et se disant qu'au pire, la misère est bien moins cruelle au soleil. C'était un jour de 1992. En 10 ans, Olivier s'est bien débrouillé. Il a monté une petite bijouterie, dont l'avantage concurrentiel est d'aller au devant des habitants répartis sur les cinq archipels de la Polynésie Française. Il visite les villages, et vend ses bijoux, offrant de surcroît un petit crédit maison très populaire. Ce petit business, modeste, lui permet d'accéder à un bon niveau de vie, et de continuer à exercer sa passion, celle du voyage. Olivier, depuis qu'il habite là bas, est fasciné par les régions froides. Amusant contraste, mais les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Après avoir visité l'Alaska et le Groenland, il avait appris par la bande qu'il était possible de se rendre en Antarctique en voilier, au départ du Chili, depuis Punta Arenas. Après les ventes de Noël 2001, particulièrement satisfaisantes, Olivier prit donc un billet aller-retour pour Santiago du Chili, où il arriva en janvier 2002. De là, il prit un autre vol pour se rendre à Puerto Montt, où il dût quand même acheter un peu de vêtements chauds ; ses chemises à fleurs ne faisant à l'évidence plus l'affaire. De là, il s'embarqua sur l'un des navires de la compagnie Navimag (www.navimag.com), pour se rendre en trois jours à Puerto Natales, à travers les canaux de Patagonie. J'étais sur le même bateau, et c'est là que je rencontrai par hasard notre tahitien.

Olivier a toujours considéré qu'il avait de la chance, et que tout se passait dans sa vie selon ses envies. Il n'avait donc absolument rien réservé, ni organisé, ce qui de surcroît l'aurait profondément ennuyé. En trois jours de voyage, je finis par trouver ce bonhomme quand même étrangement intéressant, et quand il me proposa de continuer avec lui la route jusqu'à Punta Arenas, je ne pouvais qu'accepter. Arrivés à Punta Arenas, je décidai de l'aider dans la recherche d'un bateau en partance pour le Paradis Blanc. Nous fîmes chou blanc, et nous comprîmes qu'Olivier devrait se rendre à Ushuaia, en Argentine, pour avoir plus de chance de trouver le bateau de ses rêves. Là encore, quand il me proposa de l'accompagner dans la voiture qu'il venait de louer afin de traverser le Détroit de Magellan puis la Terre de Feu en direction d'Ushuaia, il me fut difficile de résister. Voyage mémorable. Nous arrivâmes à destination le soir du 19 janvier 2002, totalement épuisés par la conduite sur piste, et pas moins de 5 crevaisons, à chaque fois au milieu de nulle part. Le lendemain matin, alors que me remettais encore de ce voyage exténuant, Olivier se leva tranquillement, et me dit : « je vais chercher un bateau ». « Cool Olivier,  on vient d'arriver », lui dis-je en me retournant grommelant sur mon lit, énervé d'un tel entêtement. Deux heures plus tard, alors que je n'avais toujours pas émergé, Olivier revint tranquillement dans la chambre et me dit qu'il avait trouvé un voilier, et qu'il partait la semaine suivante ! Gloups. Je n'y croyais pas. C'est là que tout bascula dans ma tête, et qu'apprenant qu'il y avait encore des places, je couru à mon tour au port afin de voir par moi-même ce fameux voilier. Au passage, j'appris que le voyage durerait un mois entier. Nous avions donc une semaine chrono pour nous équiper un tant soit peu convenablement, prévenir les familles (un peu surprises), et régler quelques soucis logistiques.

Le bateau avec lequel nous prîmes le large se nomme Le Sourire (www.lesourire.com.ar), un  monocoque en aluminium de 19.6 mètres. Basé à Ushuaia, il appartient à Hugues et Marie-Paul Delignières, qui vivent sur leur bateau avec leurs deux enfants, Marilou (alors 8 ans) et Théo (alors 5 ans). Hugues est un chti, tombé dans la voile par un miracle que je ne m'explique encore pas. Plutôt doué, il fût coéquipier sur Charentes-Maritimes, et participa à pas mal de transatlantiques en équipage. Il fût aussi membre de l'équipe qui prépara le bateau Ville de Paris, concurrent à l'America's Cup de 1992. Bref, CV sérieux, et mieux vaut avoir un capitaine de cette trempe avant d'aller taquiner les icebergs. A peine retraité des courses, il commença à explorer les régions australes, et fût le premier homme à hiverner en solitaire sans assistance avec son petit voilier Oviri en Antarctique, en 1990-1991. Il alla pour l'occasion se faire prendre par les glaces de la Péninsule Antarctique, sur l'île Pléneau, non loin de l'endroit où Charcot et son équipage du Pourquoi Pas ? l'avaient fait quelques 80 années plus tôt. Aujourd'hui, Hugues et Marie-Paul organisent des croisières payantes sur leur voilier. En janvier-février, ils font deux allers-retours d'un mois pour l'Antarctique. Le reste de l'année, ils proposent des périples au milieu de la Cordillère de Darwin, et vont parfois sur les Iles de Géorgie du Sud, véritable paradis animal, situé au beau milieu de l'Atlantique, à l'est des Malouines. J'étais donc là au bon moment, fin janvier. Ils venaient de revenir de l'Antarctique, et le temps de quelques réparations, ils repartaient pour un tour. Par chance, leur voyage de février n'était pas plein, et ils le remplirent avec quelques backpackers qui passaient par là. D'où un équipage assez improbable, composé de quatre australiens, un israélien, un tahitien, un finlandais, moi-même, et la petite famille Delignières. Au total, sur douze passagers, seuls trois étaient des marins expérimentés. Pour le reste, les passagers payants étaient tous des novices absolus, équipés à la hâte, de quelques cirés jaunes de base. Bref, pas vraiment la dream team. Le Sourire n'est pas un cas isolé. Il y a une poignée de voiliers, tous basés à Ushuaia et pour la plupart battant pavillon français, qui proposent l'aventure. Au total, on estime à environ 250 le nombre de touristes qui se rendent chaque année en Antarctique à la voile. Les autres y vont pour la plupart à bord de grands navires mi-paquebot mi-brise glace. Dans ce cas, le voyage dure un peu moins de 15 jours. Ushuaia est également une base assez incontournable pour ce genre de croisière.

Bref, le 29 janvier 2002 au soir, je me suis retrouvé à bord d'un voilier, en partance pour l'Antarctique, alors que quelques jours plus tôt je n'avais pas même pensé une seule seconde à ce genre de destination. Merci Olivier ! Un conseil : méfiez-vous des tahitiens et de leurs chemises à fleurs. Ces types là peuvent vous entraîner dans des plans improbables. Et en l'espèce, j'ai été rapidement servi. Le voyage vers la Péninsule Antarctique, au départ d'Ushuaia, couvre une distance de près de 1.000 km et dure environ quatre jours. C'est court assurément, mais le problème est qu'il faut traverser le passage de Drake, après avoir doublé par l'est le Cap Horn. Soyons clair : le Drake est un cauchemar. C'est une autoroute à dépressions atmosphériques, déboulant à fond de train d'ouest en est. Tout le jeu est de foncer nord-sud à travers le Drake entre deux dépressions, mais en général, vous vous faites quand même attraper soit au début de la traversée, soit à la fin. Nous, on s'est fait faucher dès le début, aussitôt après avoir doublé le Horn. Le Drake commence en gros à 55° de latitude sud (latitude d'Ushuaia), et finit à 63° degré sud, à un peu plus de 3 degré du cercle polaire. Donc, imaginez. On vous a déjà sans doute parlé des  40èmes rugissants, ou des 50èmes hurlants. Moi, je vais vous parler des 60èmes vomissants. Je vais être sincère : j'ai passé les quatre jours à gémir au fond de ma couchette, malade comme un chien, absolument incapable de prendre un quart, terrorisé par la taille des vagues. Je n'oublierai jamais ce sentiment de chute du haut d'un immeuble, sans cesse répété, et l'horreur de la sensation quand le bateau arrive au fond du creux, et commence à remonter, laissant au fond du gouffre ce qu'il vous reste d'entrailles. A cet instant précis, j'ai maudit Olivier.

Mais au bout du cauchemar, le Paradis Blanc. Soudain, la mer se calme, puisque la Péninsule Antarctique et ses nombreuses îles vous protègent de la mer ouverte. C'est un spectacle indescriptible que l'arrivée dans cet univers blanc, surgissant silencieusement et majestueusement des brumes, vous invitant à pénétrer dans une dimension où l'Humanité n'existe pas. On ressent une forme de sentiment proche de celui que devaient peut-être ressentir ceux qui ont eu la chance de découvrir des terres inexplorées. On n'y croit pas, et on est presque intimidé par la force de l'instant. Car il faut s'imaginer la vue d'un premier iceberg, grand comme un immeuble. Il faut s'imaginer des falaises blanches et bleues, ces glaciers gigantesques qui tombent dans l'océan. Il faut s'imaginer les petits manchots nageant tranquillement, faisant des petits sauts synchrones, en toute sérénité. Il faut voir toutes ces baleines prendre leur temps, en groupes, venues se nourrir pendant la saison estivale. Il faut imaginer cette navigation au milieu du pack de glace, à slalomer entre les plaques, dérangeant au passage quelques phoques crabiers, ou de Wedell, tellement surpris de voir des êtres humains. Il faut comprendre le léopard de mer, malin comme un singe, venir vous provoquer avec toutes ses certitudes de prédateur qui n'a pas idée de qui il a à faire. Et je ne parle pas des oiseaux migrateurs -pétrels, sternes, cormorans- venus, à l'instar des manchots, se reproduire pendant l'été austral. Et le plus frappant est que tout cela existe, a toujours existé sans l'homme, ou presque. Ici, nous n'existons pas, et ce n'est pas la maigre présence scientifique et touristique qui peut donner le statut de terre habitée à ces lieux. Nous sommes comme des intrus, autorisés l'espace d'un bref instant à contempler ces latitudes qui vivent sans nous, heureuses, et sereines.

La suite du voyage consiste en un long cabotage le long de la Péninsule. Au début vers le sud, jusqu'à que le pack de glace soit trop dense pour pouvoir continuer. Puis, on remonte vers le nord. Pour notre part, il ne nous fût pas possible d'aller au-delà de l'Ile Petermann, à 65°09m sud, juste au dessus du cercle polaire (66°34m sud). C'est un voyage qui a aussi ses incontournables, ses best off, que les paquebots d'Ushuaia ne manquent pas de visiter. Les plus connus sont le passage Lemaire et la Baie Paradis. Mais franchement, TOUT est beau, sublime et puissant. Le voyage en Antarctique est un voyage essentiellement contemplatif, et les journées interminables de l'été austral permettent une contemplation au long cours. Les seules « distractions » humaines viennent des quelques bases scientifiques où l'on peut parfois faire halte, et parler avec quelques humains plutôt contents de voir du monde. Il y a aussi toutes les traces de passage des anciens baleiniers, qui venaient commettre leurs carnages jusque par ici. Plutôt sinistre finalement, et on se dit qu'on n'est pas pressé de les revoir dans la région. Parfois, on croise un autre voilier, un brise-glace touristique ou scientifique. Globalement, on ne peut pas dire qu'il y ait foule. Pour notre part, nous avons rencontré un voilier habité par six copines intrépides, au nombre desquelles on trouvait Isabelle Autissier elle-même. Nous passâmes quelques jours ensemble, à jouer des parties de tarots homériques, à boire du bon vin argentin et chilien, et à s'égosiller en chantant du Brel. Le ski est également possible, à condition d'avoir un minimum de capacité à « lire » la glace et la neige. Mais ce qui compte, c'est la contemplation, la compréhension de ce qui se passe ici, ou plutôt de ce qui ne se passe pas, en priant pour que cela dure le plus longtemps possible. Le souhait est d'autant plus pertinent qu'hélas, vous pouvez voir à l'œil nu les ravages du réchauffement climatique. On parle beaucoup de la banquise qui se brise, mais sans aller jusqu'à des événements aussi spectaculaires, on voit très facilement toute la glace qui disparaît, les îles se séparer faute d'une banquise les reliant. Finalement, même ici, le fléau humain sévit, et c'en est désespérant.

En attendant, le Tourisme en Antarctique reste heureusement très superficiel. On ne fait qu'effleurer le continent, en posant le pied aux rares endroits où il est possible de le faire, pendant les trois petits mois d'été où L'Antarctique devient un peu fréquentable. En l'occurrence, la Péninsule Antarctique, en raison de sa proximité avec la pointe sud-américaine et par la relative clémence de son climat estival permet assez facilement le tourisme, et constitue donc sa principale zone de développement. Il n'est pas encore question de pénétrer réellement à l'intérieur du continent, et l'on reste donc encore très loin du fameux Pôle Sud. Celui-ci reste par chance réservé aux vrais scientifiques et aux vrais aventuriers, qui parfois hivernent et connaissent donc la réalité horrible du climat antarctique. Mais au train où vont les choses, il faut s'attendre à voir fleurir des offres permettant de rallier le pôle. Après tout, le tourisme spatial a déjà débuté, et s'il y a des gens assez riches pour se payer des voyages en fusée, il y en aura bien quelques uns pour s'offrir la grande traversée. Nous, plus modestement, après trois semaines de cabotage, nous fîmes une première tentative pour repasser le Drake. « Trop dangereux » d'après notre routeur météo, Pierre Lasnier en personne. « Mieux vaut vous réfugier quelques temps dans l'île Déception, une île sub-antarctique des Shetland du Sud ».  Ce que nous fîmes, et nous sommes restés près de trois jours sur cette île bien nommée, en compagnie de nos six filles qui étaient également candidates au retour, et en compagnie de milliers de manchots à jugulaire. En tout cas, le 28 février 2002 au soir, nous posions à nouveau le pied sur la terre ferme, à Puerto Williams, sur l'île Navarino, au sud d'Ushuaia (si si, c'est possible). Merci Olivier pour le petit détour. Je ne suis pas près de l'oublier.

Nicolas Monnot - Septembre 2005

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